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Geneviève CLAISSE

• Née à Quiévy (Nord)
• Autodidacte, disciple de Herbin
• 1958 : Première exposition personnelle à la galerie Caille à Cambrai et Galerie Hybler à Paris
• 1961  : Première exposition à la galerie Denise René où elle exposera ensuite régulièrement

L’artiste, grande figure de l’art abstrait géométrique, est aujourd’hui présente dans de nombreux musées et collections particulières.

« Mon vocabulaire s’ouvre à la recherche du mouvement- et des espaces multiples – animant le plan de la surface peinte. Le cercle et le triangle, traités tour à tour et séparément, sont des thèmes privilégiés de compositions sérielles où la simplicité extrême des formes est transfigurée par l’intensité chaque fois différente des rapports de couleur. »

G.Claisse

 

Geneviève Claisse n’a a priori aucune vellétié d’architecture mais explore des mises en espace de couleurs, de plans et de lignes. Son regard sur le monde a croisé un jour celui d’un des célèbres architectes actuels. A ce sujet, elle raconte une étrange histoire d’un exceptionnel moment de création. Ainsi, quand l’architecture engendre la peinture, il y a la rencontre du construit et du sensible. Une nuit de cet hiver, elle fut réveillée par un rêve insolite ayant pour sujet l’architecte Oscar Niemeyer, qui construisit de nombreux bâtiments de Brasilia, et dont elle avait vu un documentaire la veille. Le rêve s’incarna au milieu de la nuit dans une série de dessins faits sous l’emprise du subjectif. Dans un moment de grande maîtrise de son crayon, elle traça à main levée des dessins, des rythmes obliques syncopés se coupant à angle droit.
“Je me suis réveillée, j’ai pris mon carnet d’esquisses et j’ai commencé à dessiner de facon intuitive comme je le fais toujours, mais c’était tellement clair que même les couleurs se sont imposées à moi.” La fusion onirique entre dessiner sous l’influence d’un rêve et la communion avec un architecte a généré des dessins si équilibrés qu’ils ont tous donné naissance à un tableau, le dessin devenant une architecture sublimée par la sensibilité de l’artiste. Comme pour prendre ses distances avec une quelconque récupération par l’architecture, les dessins sont construits sur l’oblique qui mène le regard d’un point à un autre suivant le trait que Geneviève Claisse fait descendre de haut en bas et de la gauche vers la droite. Les lignes sont libres et génèrent le mouvement. Elles font suite aux formes intangibles que sont le carré, le cercle et le triangle sur lesquelles elle avait d’abord fondé les bases de ses peintures et s’était délivrée de la matérialité du sujet pour ne laisser agir que l’intuition de la création. Elle nomme ses peintures Opérateur omnipotent, Opérateur générateur, Opérateur mono-ciné-tique … pour rappeler que l’artiste décide des rapprochements avec sa conception du réel qui, en l’occurrence, s’avère renvoyer au champ du scientifique dans lequel il est rare que les arts plastiques aient des connivences. Geneviève Claisse dessine partout où elle se trouve, d’abord dans son atelier et maintenant de plus en plus à des moments imprévisibles, dans la rue, dans une chambre d’hôtel, comme d’autres écriraient un journal. “Mon écriture c’est le dessin. Tout le passé, tout ce que j’ai dessiné est là quand je prends un crayon.” “Quand j’observe mes dessins, raconte-t-elle, si je ne “vois” pas de couleur dedans, je n’en fais pas une peinture. Mais si la couleur intervient dans le dessin, il devient alors une œuvre. Le dessin évolue vers une gouache puis un tableau.” Des couleurs sous forme de petits carrés ponctuent les rythmes linéaires, Il arrive que la construction des dessins s’appuie sur un carré noir, parte dans l’infini à travers un jaune lumineux ou un bleu.

Le jeu des lignes met alors en valeur ces quelques couleurs de bleu, de rouge, de jaune ou de vert, La gamme actuelle de bleu, pour ne choisir qu’une couleur, est un mélange de bleu outremer teinté de bleu de cobalt dans une gamme qui varie d’intensité. “Dans le bleu, il y a tellement de nuances, confie-t-elle. Le jaune est la couleur de la lumière, le bleu va vers l’obscur mais aussi vers le blanc. Les nuances sont si nombreuses que j’arrive toujours à trouver la valeur de coloration que j’attends car c’est une couleur d’une grande finesse. C’est une couleur que je dois maîtriser, Les couleurs changent selon les époques: vert puis rouge. Depuis deux ans, un point bleu domine mes tableaux.” La couleur arrive en dernier et pourtant toute I’œuvre tourne autour. “Si je ne ressens pas la couleur, le dessin ne fera jamais un tableau. La couleur est la vie de I’œuvre. Elle donne la vie. C’est ma motivation pour créer que d’amener la vie et non pas “le beau” qui est un mot qui ne veut rien dire.”
Geneviève Claisse possède cette science innée de la couleur. “J’ai toujours été très à l’aise avec les couleurs. Elles font partie des choses naturelles.” Pendant des années, sa recherche intense et poussée des couleurs jusqu’à leur paroxysme leur a fait rendre tout ce qu’elles possèdent. Aujourd’hui, le blanc domine la toile, la couleur est inscrite sur des surfaces limitées et pourtant irradie non pas en saturation mais en immatérialité. Un autre espace immense entraîne le regard au-delà de la peau du tableau ou du dessin qui devient un fragment de son monde à elle qu’elle nous offre de partager.

Dominique SZYMUSIAK
Conservatrice du Musée Matisse, Le Chateau-Cambrésis